Le Concert de l'Hostel Dieu

Souvenirs 2014

Samedi 16 mai 2015


DIXIT DOMINUS DE HAENDEL

Un saxon à Rome

Georg Friedrich Haendel est un compositeur européen et sa musique porte les influences de ses multiples voyages. Sa destinée cosmopolite transparaît jusque dans les orthographes successives de son nom : Händel en Allemagne, Hendel en Italie, Handel en Angleterre… Universellement reconnu et acclamé de son vivant, sa musique a été jouée sans interruption jusqu’à nos jours.

Après des études dans sa ville natale de Halle en Saxe, et quelques années passées à Hambourg où il compose et crée son premier opéra Almira, il se rend en Italie. Ce voyage de quatre ans va influencer durablement son travail : il caro sasson (« le cher Saxon », surnom que lui donne les Italiens) découvre Florence, Rome, Naples et Venise, rencontre Corelli et les Scarlatti, explore et assimile le style italien, l’opéra et l’oratorio. Du XVIème au XIXème siècle, il en est ainsi pour nombre de ses compatriotes tels que Schütz, Hasse et Goethe. Chacun de ces artistes, nés dans des provinces germaniques, réagit à sa propre manière au contact de l’Italie, mais c’est dans tous les cas par la vitalité et l’intensité de ses couleurs, ainsi que par son art, sa musique et son architecture qu’elle les marque de son empreinte. Ainsi, le jeune Haendel compose à Rome ses premières oeuvres religieuses d’importance. Dans ces pages brillantes et vives, il montre son étonnante capacité d’assimilation du style italien, dont il s’inspirera par la suite dans nombre de ses oratorios anglais.

 

Dixit Dominus : un motet italien virtuose


Parmi la quinzaine de motets qu’Haendel compose dans la cité papale, le Dixit Dominus (1707) frappe d’emblée par sa couleur particulière. Cette illustration musicale du Psaume 110 issus de la liturgie mariale est la plus longue et la plus élaborée des oeuvres latines du compositeur. La partition, composée pour cinq voix, est une sorte de vaste concerto réunissant toutes les forces vocales et instrumentales pour lesquelles Haendel exige une performance sans merci. Tout au long des huit sections, énergie, agilité, précision et vigueur déclamatoire sont sollicitées par le maître saxon. Tout cela donne au psaume son caractère bouillonnant et se gaieté haletante, presque comme si ce jeune compositeur – fraîchement arrivé au pays de la virtuosité – voulait offrir à ses hôtes le plus éblouissant de ses tours de force. C’est à tel point que l’on peut se demander pour quels choristes ce redoutable motet a pu être imaginé ! Aussi, l’interpréter avec une distribution de cinq jeunes solistes virtuoses issus du Concours international de chant baroque de Froville est-elle une expérience passionnante. Vocalises, mélismes, dissonances sont ainsi particulièrement mis en valeur, au service d’un art de l’éloquence et de la théâtralité, atouts souverains du baroque triomphant.


Avec les solistes lauréats du concours international de Froville de 2012 à 2014